Une Vie Transformée

1869         Extrait de la vie de Hudson Taylor missionnaire en chine

Dans la vieille demeure de Hangchow, M. Mc McCarthy était occupé à écrire. Un soleil radieux s’était levé pour lui, ce soleil intérieur dont l’éclat fait toutes choses nouvelles. Il avait un ardent désir de le raconter à celui qui était à la fois son directeur et son ami, car il connaissait d’expérience les luttes intérieures par lesquelles passait Hudson Taylor. Mais il ne savait par où commencer ni comment exprimer cela avec des mots.

Combien j’aimerais à m’entretenir avec vous maintenant de ce sujet de la sanctification qui a si souvent absorbé mes pensées ! Nous en avons maintes fois parlé ensemble, et j’ai eu à déplorer bien des tentatives infructueuses pour atteindre le but, beaucoup de troubles, beaucoup d’efforts stériles pour obtenir une communion permanente avec Dieu, cette communion parfois si réelle et plus souvent si vague, si lointaine. Eh bien ! Cher frère, je crois maintenant que ces luttes, ces efforts, ces aspirations, cette attente de jours meilleurs, ne sont pas le vrai moyen de parvenir au bonheur, à la sainteté, à une vie utile. Cela vaut mieux assurément, beaucoup mieux que d’être satisfait des pauvres progrès que l’on peut constater; mais ce n’est pourtant pas le meilleur chemin. J’ai été frappé par un passage du livre, que vous m’avez laissé, intitulé Christ est tout, où il est dit :

Recevoir le Seigneur Jésus, c’est la sainteté commencée. Chérir le Seigneur Jésus, c’est le progrès dans la sainteté. Compter sur le Seigneur Jésus toujours présent, ce serait la sainteté complète… Cette grâce de la foi est la chaîne qui lie l’âme à Christ et fait que le Sauveur et le pécheur font un… Un canal est alors ouvert par lequel la plénitude de Christ est répandue abondamment en nous. Le sarment stérile devient une portion du cep fécond. Une seule et même vie circule dans la plante entière.

Vous vous lamentez sur vos chutes, sur vos imperfections; vous haïssez le péché, ce monstre qui veut vous dominer. Il y a pour vous en Christ un secours efficace…

Ceux qui sentent le plus profondément qu’ils sont morts en Christ et qu’ils ont subi en Sa personne le châtiment du péché, atteignent les plus hauts sommets de la vie divine. Celui-là est le plus saint qui possède le mieux Christ au-dedans de lui et qui se réjouit le plus complètement dans Son œuvre accomplie. C’est l’imperfection de la foi qui entrave la marche et est la cause de beaucoup de chutes.

Voilà ma conviction profonde aujourd’hui… Il faut, non pas faire de grands efforts et soutenir de grandes luttes nous-mêmes, mais demeurer en Christ, regarder à Lui, se confier à Lui pour vaincre notre nature corrompue, se reposer sur l’amour d’un Sauveur tout puissant, dans la joie consciente d’un salut complet, de la délivrance « de tout péché » (c’est Sa Parole) ; vouloir que Sa volonté soit notre souveraine absolue, – cela n’est pas nouveau, mais c’est nouveau Pour moi. Je vois, comme si la première lueur du jour s’était levée pour moi. Je la salue avec tremblement et pourtant avec confiance. Je n’ai vu de cet océan que les bords, mais ce sont les bords d’un océan sans limites. Que Christ soit littéralement notre tout, voilà, me semble-t-il, le seul secret de la puissance, le seul fondement d’une joie immuable. Puisse-t-Il nous aider à expérimenter Son insondable plénitude !

Comment donc notre foi peut-elle être augmentée ? Simplement en réfléchissant à tout ce que Jésus est, et à tout ce qu’Il est pour nous, en faisant de Sa vie, de Sa mort, de Son œuvre, de Lui-même tel qu’Il nous est révélé dans Sa Parole, le sujet constant de nos pensées. Il ne s’agit pas de lutter pour avoir la foi, ou pour accroître notre foi, mais tout ce dont nous ayons besoin, me semble-t-il, c’est : Regarder à Celui qui seul est le Fidèle, de nous reposer entièrement sur le Bien-aimé, pour le temps et pour l’éternité.

La vie d’Hudson Taylor était, à cette époque surtout, singulièrement remplie. Revenu de son voyage aux plus anciennes stations, il devait aller et venir entre Yangchow et Chinkiang, appelé là par les soins d’une Église grandissante, ici par les travaux d’imprimerie et les soins de la direction générale. Il y avait eu récemment des baptêmes à Yangchow et M. Judd était heureux de l’aide qu’il pouvait lui donner en s’occupant des nouveaux convertis. Chacun était éprouvé par la chaleur de l’été, et Hudson Taylor lui-même avait été mis à l’écart par une grave maladie au milieu du mois d’août. Au début de septembre, il était en convalescence et essayait de reprendre le travail accumulé. De jeunes missionnaires venaient d’un côté ou de l’autre chercher auprès de lui des directives. Mme Judd était dangereusement malade et réclamait des soins assidus. Le moment n’était pas favorable à une crise spirituelle profonde.

Et pourtant, ce fut au milieu de ces circonstances mêmes que cette crise se produisit. Hudson Taylor revenait d’une course rapide à Yang Chow où il avait été voir sa malade, Mme Judd. Sur le petit bateau à vapeur qui le ramenait à Chinkiang il eut une heure de méditation et de prière, éprouvant une tristesse profonde, presque du désespoir, en constatant que la face de son Maître lui était voilée à nouveau. Il avait joui intimement de Sa présence, et l’interruption de cette communion lui était d’autant plus pénible. C’est l’épouse, qui gémit sur l’absence de son époux et non une personne qui n’a pas connu son amour.

Arrivé dans la petite maison de Chinkiang, il se retira dès qu’il le put dans son cabinet pour vaquer à sa correspondance. Ce fut là, au milieu d’une pile de lettres, qu’il trouva celle de M. McCarthy que nous avons citée. Il la lut attentivement et  « en lisant cette lettre, dit-il, la lumière se, fit dans mon âme, je regardai à Jésus et quand je Le vis, oh ! Quelle joie m’inonda! »

C’était le samedi 4 septembre 1869. La maison était pleine, de nouveaux hôtes étaient attendus. Qu’importait? il fallait tous les retenir pour le dimanche, car il était impossible de ne pas leur faire partager une telle joie. Sortant de la chambre où son âme venait d’être illuminée, nouvel homme dans un monde nouveau, Hudson Taylor brûlait du désir de dire ce que le Seigneur avait fait pour lui. Il prit la lettre de M. McCarthy  et une de Mlle Faulding, écrite dans le même esprit et  réunissant au salon toute la maisonnée, il fit un récit que sa vie entière allait confirmer jusqu’à son glorieux terme. Bien des cœurs furent touchés et reçurent à cette heure une grande bénédiction.

Les « fleuves d’eau vive » dont parle Jésus commencèrent à couler de tous côtés de cette modeste demeure de Chinkiang et coulent encore. Car, Jésus a dit : « Quiconque boit de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif, mais l’eau que je lui donnerai sera en lui une source d’eau vive jaillissant en vie éternelle. »

Dans une lettre à sa sœur Hudson écrivait : « Il y avait bien six ou huit mois que, pour moi-même et pour notre Mission, pour moi surtout, je sentais le besoin de plus de sainteté, de plus de vie, de plus de puissance. je comprenais l’ingratitude, le danger, le péché de ne pas vivre plus près de Dieu. Je priais, je luttais, je jeûnais, je gémissais, je prenais des résolutions, je lisais la Parole de Dieu plus diligemment, je mettais plus de temps à part pour la méditation… Mais tout cela sans résultat. Le sentiment de mon péché m’oppressait. Je savais que si je pouvais simplement demeurer en Christ, tout irait bien, mais je ne le pouvais pas. Chaque jour amenait son cortège de chutes et d’insuccès. Le vouloir était bien en moi, mais je ne trouvais pas la force de l’accomplir.

Alors je me demandai : N’y a-t-il pas de remède ? Sera-ce ainsi jusqu’à la fin : des conflits incessants, aboutissant trop souvent, non à la victoire, mais à la défaite ? Comment prêcher aux autres une délivrance que je n’obtenais pas pour moi-même ?… Je me haïssais, je haïssais mon péché et j’étais sans force pour le vaincre. Je me savais un enfant de Dieu, mais j’étais entièrement impuissant à m’élever à la hauteur de mes privilèges… Je pensais que la sainteté, une sainteté pratique, devait être atteinte graduellement, par l’usage diligent des moyens de grâce. Je savais bien qu’il n’y avait rien dans ce monde que je désirasse autant que cela, rien dont j’eusse autant besoin. Mais j’étais si loin d’y atteindre. Plus je luttais, plus le but s’éloignait, à tel point que j’étais presque désespéré. Je me disais que, pour rendre son ciel plus doux, Dieu voulait peut-être nous refuser d’en jouir ici-bas… »

Mais voici le secret de sa victoire :

Non pas me demander comment je puis tirer du cep la sève pour la faire circuler en moi, mais me souvenir que Jésus est le cep, la racine, le tronc, les branches, les feuilles, les fleurs, le fruit, tout en vérité, oui, et beaucoup plus encore. Il est le sol et le rayon de soleil, l’air et la pluie, plus que tout ce que nous pouvons demander, penser ou désirer. Dès lors, ne cherchons rien hors de Lui, mais réjouissons-nous d’être nous-mêmes en Lui, un avec Lui et par conséquent un avec toute Sa plénitude. N’attendons pas que la foi produise la sainteté, mais réjouissons-nous de la parfaite sainteté en Christ comme d’un fait; réalisons qu’étant un avec Lui d’une manière inséparable, cette sainteté est la nôtre et, acceptant ce fait, nous en constaterons la réalité.

Je n’ai pas à faire de moi un sarment. Je le suis, du moment que Jésus me le dit. Je suis une partie de Lui-même; à moi de le croire et d’agir en conséquence. Si je vais à la banque de Shanghaï avec un chèque de cinquante dollars, le caissier ne peut pas refuser cet argent à ma main tendue, sous prétexte qu’il appartient à Hudson Taylor. Ce qui est à Hudson Taylor, ma main peut le prendre. Elle est un membre de mon corps. Et je suis un membre de Christ, et je puis prendre de Sa plénitude tout ce dont j’ai besoin. Il y a longtemps que j’ai vu cela dans la Bible, mais je le crois maintenant comme une vivante réalité.

Je savais bien qu’en Christ se trouvait tout ce dont j’avais besoin, mais comment me l’approprier ? Il était riche, moi pauvre; Lui fort, moi faible. Dans le cep, se trouvait une sève riche et féconde, mais comment la faire passer dans le sarment maigre et chétif ? Graduellement se faisait en moi un peu de lumière. Je voyais bien que C’était par la foi que je pouvais participer à la plénitude de Christ, mais je n’avais Pas cette foi…

Le Saint-Esprit me révéla, comme je ne l’avais jamais compris, la grande vérité que nous ne sommes qu’un avec Jésus. Il ne s’agit pas, disait-il, de lutter, de peiner, pour avoir la foi, il suffit de se reposer sur Celui qui est Fidèle…

La lumière jaillit tout à coup devant moi. Je regardai à Jésus, et je vis (et quand je vis, quelle joie m’inonda !) qu’il avait dit : Je ne te laisserai point. Oh ! Pensai-je, là est le repos. Je me suis efforcé en vain de me reposer en Lui, je ne m’efforcerai plus désormais, car n’a-t-Il pas promis de demeurer avec moi, de ne jamais m’abandonner ? Non,  Il ne le fera jamais.

Mais ce n’est pas là la moitié de ce que Christ me montra… En méditant la parabole du cep et des sarments, je vis que non seulement Il ne m’abandonnerait jamais, mais que j’étais un membre de Son corps, de Sa chair et de Ses os… quelle chose merveilleuse d’être réellement un avec un Sauveur ressuscité

Si simple que fût cette nouvelle manière de voir, elle amena dans la vie d’Hudson Taylor  un changement complet.

Il dit : « Je ne suis pas meilleur qu’auparavant (en un sens je ne désire pas l’être, ni m’efforcer de l’être), mais je suis mort et enseveli avec Christ, oui, et aussi ressuscité et assis dans les lieux célestes, et Christ vit en moi et « la vie que je vis dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré Lui-même pour moi ». Je crois maintenant que je suis mort au péché. Dieu me considère comme tel, et me dit de le reconnaître aussi… Je sens et je sais que les choses anciennes sont passées. Je suis capable de pécher autant qu’avant, mais j’expérimente la présence de Christ comme jamais auparavant. Il ne peut pécher, et Il peut me préserver du péché. Je ne dis pas que je n’ai plus péché  depuis que j’ai compris ces choses  mais étant davantage dans la lumière, ma conscience a été plus sensible; le péché a été immédiatement reconnu, confessé et pardonné ; la paix et la joie avec l’humilité sont revenues. Un jour, cependant, la paix et la joie ne revinrent pas durant plusieurs heures parce que je n’avais pas pleinement confessé ma faute et avais tenté de me justifier.  Je suis plus heureux dans le Seigneur que je ne l’ai jamais été… »

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